{"id":512,"date":"2019-10-10T12:01:54","date_gmt":"2019-10-10T10:01:54","guid":{"rendered":"http:\/\/jacquesreverchon.fr\/?p=512"},"modified":"2019-10-10T12:42:14","modified_gmt":"2019-10-10T10:42:14","slug":"lettre-de-pierre-cabane","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/jacquesreverchon.fr\/index.php\/2019\/10\/10\/lettre-de-pierre-cabane\/","title":{"rendered":"Lettre de Pierre Cabane"},"content":{"rendered":"<p>Mon cher Jacques,<\/p>\n<p>Dans une de tes lettres, dat\u00e9e F\u00e9vrier 1960, tu me disais : \u00ab\u00a0La peinture est un besoin pour moi&#8230; J&#8217;ai toujours voulu \u00eatre peintre&#8230; Mes influences ? Rembrandt surtout, pour son trait &#8211; Goya et Greco. La peinture toute nue&#8230; L&#8217;Espagne m&#8217;a ouvert les portes de la peinture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous d\u00e9ambulions souvent, la nuit, \u00e0 travers Paris ; une fois nous avions parl\u00e9 de la r\u00e9ussite, le lendemain j&#8217;avais ce mot qui te d\u00e9peignait : \u00ab Un peintre a r\u00e9ussi quand il est comme une machine qui roule de toute sa force. Quand il est de plus en plus peintre.\u00bb \u00ab\u00a0Ce qui compte, c&#8217;est son aventure pouss\u00e9e jusqu&#8217;au bout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je ne t&#8217;ai connu qu&#8217;\u00e9merveill\u00e9. Tu avais, comme tout le monde, des difficult\u00e9s, des soucis, mais la peinture t&#8217;exaltait. Ce que tu d\u00e9couvrais au cours de tes voyages, dans les mus\u00e9es, les tableaux de ceux que tu aimais, ton propre travail, tu voulais le redire avec plus de force, plus d&#8217;amour ; tu avais un besoin intense de communiquer. Tu \u00e9tais heureux de vivre; devant la toile ou le cuivre tu \u00e9tais heureux de cr\u00e9er. Transport\u00e9. Ebloui. Tu revenais d&#8217;Espagne ou d&#8217;Italie, o\u00f9 tu as \u00e9t\u00e9 un nombre incroyable de fois par tous les moyens, dans une sorte d&#8217;ivresse. Ton \u00ab\u00a0\u0153uvre espagnole\u00a0\u00bb est d&#8217;une puissance qui exprime bien ta passion de cette terre farouche et sombre ; tu l&#8217;avais aim\u00e9e \u00e0 travers Goya et tu l&#8217;as retrouv\u00e9e presque inchang\u00e9e ; tu en as fait lever des sortil\u00e8ges que l&#8217;on croyait \u00e9teints ; des endroits pr\u00e9serv\u00e9s o\u00f9 ils se cachaient ont surgi des hommes et des femmes au regard de feu, v\u00eatus d&#8217;ombre et de r\u00eave, qui sont devenus tes compagnons. Plus tard tu as retrouv\u00e9 les paysages espagnols dans les Flandres, On pourrait croire, \u00e0 voir ce que je pense \u00eatre la partie essentielle de ton \u0153uvre, que tu \u00e9tais tourment\u00e9, angoiss\u00e9, assailli de pens\u00e9es sinistres, mais\u00a0 c&#8217;est pourtant bien le contraire.<\/p>\n<p>L&#8217;ensemble de toiles, d&#8217;aquarelles et de gravures qui est expos\u00e9 \u00e0 la Galerie Vend\u00f4me repr\u00e9sente une \u0153uvre \u00ab\u00a0arr\u00eat\u00e9e\u00a0\u00bb ; il correspond \u00e0 la p\u00e9riode d&#8217;exp\u00e9riences et de recherches qui est celle de tout jeune peintre avant sa maturit\u00e9. Il doit \u00eate jug\u00e9 en fonction de cette jeunesse, et aussi de cette passion, de cette insatiable curiosit\u00e9 dont tu \u00e9tais anim\u00e9. Pour ceux qui te d\u00e9couvriront il \u00e9tait important de dire cela ; qu&#8217;ils sachent aussi qu&#8217;\u00e0 travers son \u0153uvre vivait un gar\u00e7on dont le sourire, le regard et la voix demeurent en nous avec les t\u00e9moignages de cette existence que, de tout son c\u0153ur, il avait donn\u00e9e \u00e0 son art.<\/p>\n<p>Tu aurais pourtant appr\u00e9ci\u00e9 que l&#8217;on voie o\u00f9 en \u00e9tait ton travail. L&#8217;int\u00e9r\u00eat des autres, leur amiti\u00e9, te r\u00e9confortaient ; ceux qui aimaient tes tableaux ou tes eaux-fortes \u00e9taient tout de suite tes amis, tu d\u00e9sirais la communication, l&#8217;\u00e9change. Tu ne cherchais pas \u00e0 convaincre mais \u00e0 communier. Il y avait en toi une foi invincible : celle du conqu\u00e9rant, de l&#8217;ap\u00f4tre, du croyant.<\/p>\n<p>J&#8217;ai beaucoup de peine \u00e0 \u00e9crire ces lignes au pass\u00e9. Avec ta disparition tout un pan de notre jeunesse s\u2019est \u00e9croul\u00e9 ; il nous reste ces jalons privil\u00e9gi\u00e9s de ta vie que sont tes \u0153uvres et qui, par la force des choses, sont devenus des fragments \u00e9pars, mais pr\u00e9cieux et combien \u00e9mouvants d&#8217;un destin.<\/p>\n<p>Pierre CABANNE, avril 1971<\/p>\n<p>Critique d&#8217;Art<\/p>\n<p>23 septembre 1921 &#8211; 21 janvier2007<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon cher Jacques, Dans une de tes lettres, dat\u00e9e F\u00e9vrier 1960, tu me disais : \u00ab\u00a0La peinture est un besoin pour moi&#8230; J&#8217;ai toujours voulu \u00eatre peintre&#8230; Mes influences ? Rembrandt surtout, pour son trait &#8211; Goya et Greco. 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